lundi 27 mars 2017

Nîmes et ses monuments au moyen-âge

Devant 45 personnes la nîmoise Francine Cabane, agrégée d’Histoire, cofondatrice  de l’association « Passionnément Patrimoine de Nîmes » et professeur émérite à l’IUFM de Montpellier, a présenté samedi dernier au Bourilhou une très intéressante conférence sur l’évolution des monuments antiques de Nîmes au cours de la période médiévale.

A l’instar d’autres villes de France, Nîmes, dans sa période médiévale, a traversé quatre périodes distinctes. Après l’occupation romaine, ce fut « la nuit barbare », amorcée dès le IIIe siècle. Nîmes sera d’abord occupée par les Vandales puis par les Wisigoths pendant trois siècles. Ce fut ensuite « la séduction franque » du IXe au XIe siècle, période carolingienne. Nîmes qui était un carrefour de voies antiques devint un carrefour de voies médiévales.

Les XIIe  et XIIIe siècles caractérisent « le bel été Nîmois ». En 1229, Nîmes entre dans le Royaume de France, après la Croisade des Albigeois. La ville  se couvre de nombreux monuments médiévaux et connaît un essor démographique important. Les XIVe et XVe siècles sont des temps difficiles pour les Nîmois avec la grande peste de 1347 – 1348. C’est l’âge d’or des Routiers et une période de grande insécurité avec les conséquences de la Guerre de Cent Ans…

S’appuyant sur des gravures anciennes ou sur des aquarelles de Jean-Claude Golvin (architecte, historien  et dessinateur bien connu-que nous avions reçu il y a quelques années au Bourilhou), la conférencière nous présenta les monuments antiques encore présents à Nîmes au Moyen-Âge. Le plan le plus vieux de la ville, celui de Jean Poldo d’Albenas (daté de 1560) nous montre une ville enserrée dans ses remparts, toujours dominée par la Tour Magne ; l’enceinte et les portes  (Portes d’Auguste, de France, ( autrefois appelée d’Espagne) ; l’Augusteum, le centre religieux et sanctuaire du culte impérial et son théâtre et le Temple de Diane ; le forum avec la Maison Carrée ; le Castellum (divisorium) et l’Amphithéâtre… Francine Cabane nous conta l’histoire des Arènes, d’abord forteresse, qui comporta un château puis des maisons construites sur les gradins. Le « Castrum arenarum » fut édifié par les Wisigoths de 413 à 719. Un mur de protection des Arènes fut retrouvé lors de l’agrandissement du premier palais de justice de 1846. Les Wisigoths furent remplacés par les Sarrasins. Nîmes fut ensuite rattachée à l’Empire de Charlemagne. La ville dépendit alors du Comte de Toulouse et du Vicomte de Trencavel, qui s’installa dans les Arènes : 30 seigneurs y vécurent ! L’installation des chevaliers dans les Arènes perdura jusqu’en 1229 au moment du rattachement de Nîmes au royaume de France…Plus tard, ce fut au petit peuple de s’installer dans les Arènes. Chaque arcade fut alors occupée par une maison à deux pièces superposées… On y  produisit un vin réputé à partir des vignes cultivées dans la Garrigue !

Un premier noyau de la ville fut constitué autour des Arènes, un second se créa autour de la Maison Carrée, puis un troisième autour de la Basilique de Plotine ou du Temple de Jupiter(?) dans le quartier de la cathédrale.

La conférencière nous parla longuement de la Maison Carrée, temple dédié aux Princes de la Jeunesse Caius et Lucius, un bâtiment qui ne fut pas détruit par les invasions successives. On la retrouve sur les plans du XVIe siècle. Cette partie de la ville était entourée d’un rempart. L’édifice est désigné par le terme de capitole ou « capduel »( la tête de la ville).Il devient un lieu de pouvoir où se tiennent les plaids et où se réunissent les consuls. Le bâtiment est entouré de maisons qui se « collent » contre lui, témoins les marques de toitures des maisons sur les colonnes…Léon Ménard, historien du XVIIIe, en parle dans son « Histoire de la Ville », publié en 1758. Au XVe siècle, les Consuls vendront la Maison Carrée à un particulier qui en fera son habitation personnelle ouvrant une fenêtre avec des bâtiments divers dont une étable !

Francine Cabane nous parla ensuite de l’Augusteum, un sanctuaire qui se trouvait dans les actuels Jardins de la Fontaine, construit autour d’une source sacrée…Des pieux retrouvés à son emplacement montrent que le sanctuaire fonctionnait encore au IVe siècle. Baptisé à tort « Temple de Diane », le bâtiment, qui existe toujours, fut peut-être une bibliothèque ( ?). Il fut sauvé de la destruction car il fut occupé par un monastère, comme en témoigne une peinture de Ferdinand Pertus.

D’après les recherches des archéologues, le Castellum (où arrivait l’eau de l’aqueduc, en provenance de la source d’Eure à Uzès) était entouré de colonnes corinthiennes, soutenant un toit recouvert de tuiles. L’historienne Anne Rulman mentionne le monument en 1627, qui disparaîtra soixante ans plus tard !

Les remparts de Nîmes survécurent à la période médiévale, fixant les limites de la ville. Ils furent détruits par endroits et  utilisés pour la construction de maisons. En 1572, la Tour Magne avait encore ses quatre étages.
En 1391, Charles VI, estimant que la ville était insuffisamment protégée, fit transformer la Porte d’Auguste en Château Royal. C’est à ce moment que les chevaliers des Arènes vinrent l’habiter ( voir photo ci-jointe).

Un plan de  1652 fait encore apparaître l’enceinte antique avec la Porte du Cadereau, aujourd’hui disparue.

On constate qu’à la fin du Moyen-Âge, on a gardé un bon nombre de traces de la cité antique. Trois remparts furent construits autour des « villages » de Nîmes : Autour de l’amphithéâtre, de la Maison Carrée et autour d’un bâtiment non  identifié, qui deviendra la cathédrale de Nîmes. Progressivement ces noyaux ont été englobés dans une plus vaste enceinte, correspondant à l’écusson actuel. Le rempart médiéval fut édifié à partir de 1194 sur autorisation du compte de Toulouse. Il compta de nombreuses portes et reprit une partie du rempart antique qu’il renforça par des courtines…. Francine Cabane parla aussi des différentes rues, dont les noms sont évocateurs des métiers ou de l’histoire de la ville. Des remplois subsistent  comme « l’Homme aux  quatre jambes » de la rue de l’Aspic ( voir notre photo), « une statue composite, constituée d’éléments de nature, de style et d’époque différents, témoignant de la volonté récurrente de conserver des éléments architecturaux du passé pour en orner les demeures ».

Un débat auquel participa Jean-François Dufaud, membre comme la conférencière de l’association Pont du Gard Patrimoine, membre de la FAHG, et spécialiste de l’étude des remparts de Nîmes, permit à la conférencière de répondre à de nombreuses questions (souvent très techniques), posées par les participants, tous passionnés par l’histoire de notre capitale départementale.

Signalons aussi la présence,  à cette dernière conférence des 28èmes Journées de l’Antiquité 2017, du Maire-Adjoint, chargé des associations culturelles en Pays Viganais, Monsieur Alexandre Cozza.

IMPORTANT : Le prochain numéro de la revue de la FAHG , Patrimoine 30, traitera du projet Arènes-Esplanades-Feuchères, un article de l’archéologue de l’INRAP , Yves Manniez. Cet article, bien documenté et illustré, prolongera la conférence de Francine Cabane. Ce numéro, en cours de fabrication, devrait paraître à la fin du mois d’avril ou début mai et pourra être acheté au Bourilhou, au prix de 5 euros.